PROULX, JEAN-BAPTISTE, prêtre catholique et missionnaire

PROULX, JEAN-BAPTISTE, prêtre catholique et missionnaire

2 avril 2014 0 Par Florian Proulx

PROULX, JEAN-BAPTISTE, prêtre catholique et missionnaire, né le 8 mai 1808 à Lachine, Bas-Canada, fils de Louis-Basile Proulx, agriculteur, et de Marie-Thaïs Foisy, décédé le 25 mars 1881 à Terrebonne, Québec. Jean-Baptiste Proulx était un descendant de la lignée de Jean Prou & Catherine Pinel.

On connaît peu de chose des premières années de Jean-Baptiste Proulx. Il entra au séminaire de Saint-Hyacinthe en 1825, fréquenta le petit séminaire de Montréal en 1829–1830 et commença ses études théologiques en 1831. Les évêques Jean-Jacques Lartigue et Rémi Gaulin l’ordonnèrent prêtre le 26 juillet 1835, à Montréal, et le 26 septembre on l’affecta à Laprairie (La Prairie).

Cependant, dès le mois suivant, il fut transféré au diocèse de Kingston, Haut-Canada ; là, l’évêque coadjuteur Gaulin projeta de l’envoyer à Penetanguishene, où les catholiques avaient essayé au xviie siècle d’implanter des missions.

II se produisait d’importants changements démographiques et administratifs au Haut-Canada lorsque Proulx entreprit son travail missionnaire à Penetanguishene au début de novembre 1835. L’immigration avait considéra-blement augmenté la population catholique de la province, ce qui nécessitait une expansion de l’activité de l’Église. Sa force grandissant, celle-ci reprit son œuvre missionnaire auprès des Indiens et réussit même à envoyer à ceux de la région de Coldwater-Penetanguishene le prêtre francophone qu’ils avaient demandé en 1833. Ces progrès furent accompagnés de changements marquants dans la politique et l’organisation administrative du département des Affaires indiennes. Le système des réserves, apparu dès les années 1830 et conçu pour favoriser l’assimilation culturelle, insistait sur l’isolement physique, l’éducation et la religion pour « civiliser » les Indiens. Cette politique, ajoutée à l’enthousiasme obtus du lieutenant-gouverneur sir Francis Bond Head, avait abouti au choix de l’île Manitoulin comme réserve pour toute la population indienne du Haut-Canada. En 1836, l’île fut cédée aux Indiens par un traité, mais le projet allait aboutir à un échec.

Proulx devait être particulièrement affecté par ces changements, puisqu’il fut transféré à la mission de l’île en 1837. L’année suivante, l’Église d’Angleterre y fonda également une mission, dirigée tout d’abord par le révérend Charles Crosbie Brough puis, après 1841, par Frederick Augustus O’Meara. Les rapports entre les deux missions ne firent qu’exacerber les différences qui existaient déjà parmi les Indiens de l’île Manitoulin. Le village de Manitowaning, où le département des Affaires indiennes établit son bureau principal en 1837–1838 sous la conduite d’un homme d’expérience, le surintendant Thomas Gummersall Anderson, resta le centre de la communauté « officielle » de croyance anglicane : les Indiens catholiques et les dissidents se retirèrent à Wikwemikong, où ils organisèrent une sorte de « contre-culture » locale. La mission de Proulx devint un des points de convergence pour cette deuxième communauté.

II y avait de fréquentes querelles entre les communautés de Wikwemikong et de Manitowaning. Le département des Affaires indiennes voulut mettre sur pied des communautés agricoles modèles ; la mission anglicane se conforma à ces souhaits mais se retrouva dans une situation marginale.

La mission catholique, par contre, favorisa un sentiment d’indépendance à l’égard de l’establishment gouvernemental, et la bande de Wikwemikong, tout en faisant un peu d’agriculture, menait une vie traditionnelle basée sur la chasse et la pêche. À Manitowaning, l’amertume engendrée par le fait que Proulx ne tenait pas compte de plusieurs directives du surintendant Anderson devint plus forte encore devant la croissance et le succès de Wikwemikong. Entre le missionnaire catholique et le bureau des Affaires indiennes à Manitowaning ainsi que le clergé anglican irlandais de tendance évangélique, les relations étaient tantôt froides, tantôt hostiles.

Outre ces problèmes politiques et administratifs, Proulx dut affronter les difficultés habituelles causées par les rigueurs de l’hiver et les barrières culturelles créées par la diversité des dialectes indiens. Mais, malgré cela, il persista et réussit, mieux apparemment que ses homologues du clergé anglican, à gagner l’affection de ses ouailles. Brough lui-même reconnut le zèle et l’énergie dont faisait preuve ce «prêtre catholique laborieux et entreprenant». Le succès de Proulx en tant que missionnaire tient à deux choses. L’Église catholique était plus souple que l’Église d’Angleterre dans ses objectifs concernant le mode de vie des chrétiens, assimilant la conversion à la participation aux aspects extérieurs de la vie de l’Église plutôt qu’à un changement radical dans la façon de vivre. D’autre part, en s’établissant lui-même à Wikwemikong, Proulx fit preuve de son indépendance àl’égard de Manitowaning, et les Indiens qui craignaient les visées de ce centre étaient plus attirés par la mission catholique que par la mission anglicane.

Le 19 décembre 1846, l’évêque catholique de Toronto, Michael Power, dans le diocèse duquel l’île Manitoulin se trouvait alors, nomma ce missionnaire aguerri à Newmarket, lui confiant ainsi la responsabilité de cantons avoisinants dans les comtés d’York et de Simcoe. En 1848, Proulx fut transféré à Oshawa. Bien qu’il eût exprimé le désir d’exercer son ministère auprès des Indiens de la Rivière-Rouge (Manitoba), il ne put partir à cause du manque de prêtres dans le diocèse ; au lieu de cela, le missionnaire fut amené à voyager à travers presque tout le comté d’Ontario pendant les 12 années qui suivirent, pour y répondre aux besoins de la communauté catholique naissante. Il dirigea la construction et l’agrandissement d’églises à Highland Creek ainsi qu’à Oshawa, où il fonda une école « séparée », et s’occupa de l’achat de terrains pour des presbytères et d’autres églises. En 1860, on l’appela à Toronto, où, après un bref séjour à la cathédrale St Michael, il fut nommé aumônier de la garnison. Adjoint de John Walsh à la paroisse St Mary en 1862, il en devint le curé en 1867. Trois ans plus tard, Mgr John Joseph Lynch le nomma doyen de la cathédrale St Michael, reconnaissant ainsi son efficacité en tant que conseiller et administrateur. Proulx en resta le doyen jusqu’à sa mort. En 1879, on l’honora du titre de prélat domestique. Il mourut subitement deux ans plus tard, au cours d’une visite qu’il rendait à son frère à Terrebonne.

La carrière de Proulx illustre bien quelques thèmes importants mais souvent négligés de l’histoire de l’Ontario. Les difficultés à mettre en application le système des réserves indiennes ressortent nettement de ses années passées à Penetanguishene et à Manitoulin, et l’on peut déceler l’impact exercé par les vastes groupes d’immigrants sur les structures religieuses en le voyant à l’oeuvre dans le diocèse de Toronto. La vie de Proulx couvre la période durant laquelle la communauté pionnière du Haut-Canada forma la province d’Ontario, et l’étude de sa carrière offre une perspective utile à ce sujet.

Ref. Douglas Leighton, « PROULX, JEAN-BAPTISTE (1808-1881) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 15 févr. 2014,
http://www.biographi.ca/fr/bio/proulx_jean_baptiste_1808_1881_11F.html

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