Origine, signification et évolution du patronyme Proulx

Origine, signification et évolution du patronyme Proulx

2 mars 2015 0 Par Florian Proulx

Dans un précédent message, nous avons vu que les patronymes n’existaient pas avant l’époque du Moyen Age et sont tous issus au départ d’un surnom individuel définissant notre ancêtre. Ces surnoms peuvent tous être classés dans une des quatre grandes catégories suivantes :

  1. Évoquant le nom de baptême du chef de famille;
  2. Évoquant l’origine géographique;
  3. Traduisant le métier;
  4. Traduisant un sobriquet lié à une qualité physique, morale ou sociale.

Le paronyme Proulx viendrait de cette dernière catégorie. Incidemment, à l’adresse : http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/prou/64621 , il est écrit que : Prou est un adverbe provenant de : ancien français preu, – du bas latin prode – du latin classique prodesse, signifiant être utile, profit.

Et à http://www.etudes-litteraires.com/preu.php , on peut y lire qu’étymologiquement, preu provient du substantif ‘prode’ qui signifiait en bas latin ‘profit, avantage’. De plus, preu(x) en tant qu’adjectif est toujours laudatif (louangeur) et qu’appliqué à l’homme, il signifie ‘au sommet de la hiérarchie des valeurs morales’. La teneur de ces valeurs morales évolue avec les mentalités : au XII e siècle, il s’agit de valeurs guerrières et cet adjectif est synonyme de ‘vaillant’. Ensuite, cet adjectif glisse vers des notions esthétiques ou morales avec les sens de ‘poli’, ‘noble’, ‘beau’, etc. Enfin, en moyen français, il peut signifier ‘en bonne santé’.

En tant qu’adverbe (prou), il a le sens de ‘beaucoup’ ou de ‘bien’ selon qu’il renvoie à la quantité ou à la valeur.

De nos jours, l’adverbe ne se conserve que dans l’expression peu ou prou (littéralement ‘peu ou beaucoup’). En tant qu’adjectif, le terme ‘preux’ est devenu rare.

Et à http://www.expressio.fr/expressions/peu-ou-prou.php voici ce qu’on y retrouve :

Nous savons tous que ‘peu’ veut dire « pas beaucoup » ou « en faible quantité ». Qu’en est-il de ‘prou’ ?
Cet adverbe qui signifie ‘beaucoup’ ou ‘assez’ et date du XIIIe siècle, vient du mot ‘prou’ qui voulait dire ‘profit’[1].
Au XVIIe siècle, on disait « avoir prou de quelque chose » pour dire qu’on en avait beaucoup.
Depuis, le mot est tombé en désuétude et n’est plus utilisé que dans l’expression courante apparue vers 1600, alors qu’avant, on disait « ni peu ni prou » pour dire « ni peu ni beaucoup ».
[1] Jean de la Fontaine, dans « le paysan qui avait offensé son seigneur » écrivait :
« Or buvez donc, et buvez à votre aise ; Bon prou vous fasse ! Holé, du vin, holé ! »

Exemple : « Quand le moment est venu de payer, voyez-vous, ça sent toujours le voleur peu ou prou, comme on dit (…) » René Boylesve dans L’enfant à la balustrade

Aussi à http://www.notrefamille.com/dictionnaire/expressions/peu_ou_prou ->on y lit que cet adverbe qui signifie « beaucoup » ou « assez » date du XIIIe siècle, vient du nom « prou » qui voulait dire « profit ». Au XVIIe siècle, on disait « avoir prou de quelque chose » pour dire qu’on en avait beaucoup. « Ni peu, ni prou » se traduisait autrefois par « ni peu, ni beaucoup ». Si l’on respecte littéralement le texte « Peu ou prou » signifie peu ou beaucoup, donc plus ou moins.

Selon une autre hypothèse possiblement complémentaire, le nom de Proulx semble venir des adaptations phonétiques suite aux déplacements des ancêtres entre la France et la Bretatgne, entre le XIe et le XVIe siècle.
Ainsi, le nom d’origine « Préaux » (déformation de preux?). Les Préaux auraient suivi Guillaune le Conquérant en Bretagne en 1060. Le nom « Préaux » serait peu à peu devenu « Prowles » dans la phonétique de la langue locale. Au moment des guerres de religion quelques siècles plus tard, les Prowles (Préaux) seraient revenus en France où leur nom se serait francisé en Proulx ou Prou parfois

Source : Michèle Clément, sur la page des Proulx de http://lequebecunehistoiredefamille.com/

Finalement, (et c’est mon hypothèse) il est très plausible qu’originellement le patronyme ait été tantôt Preu(x) (adjectif) tantôt Prou (adverbe) soit indistinctement ou soit en tant que variante locale. Il se peut également que ce soit deux patronymes apparus vers la même période, mais en des lieux éloignés et identifiant cependant l’intéressé selon une semblable qualité attribuée (on a vu plus haut que les deux expressions sont dérivées du latin et signifient lorsque s’adressant à un individu, une qualité laudative telle que vaillant, noble, etc. Ensuite, de ce(s) patronyme(s) seraient apparues les variantes Préaux, Prowles, Proust, Prost, Proux, Proulx, etc.

Par ailleurs, pour les pionniers (3) arrivés en Nouvelle-France et mariés entre 1669 et 1676, le patronyme Prou est ainsi libellé sur les registres paroissiaux. Le fait qu’il n’y ait pas de variante comme en France repose peut-être sur le fait qu’ils se sont tous mariés sur une courte période et dans la même paroisse (Notre-Dame de Québec). Une seule exception avec le mariage Préaux-Fleury en 1699 et donc une génération plus tard. Ce n’est que, plus tard au 18e siècle que dans les registres du Québec, j’ai répertorié quelques fois Proux et finalement Proulx devient la norme vers le milieu du 19e siècle et standardisé ainsi maintenant. Ainsi, le dernier pionnier Proulx dont le mariage remonte à 1820 est inscrit Proulx au registre paroissial.

Notons aussi que jusqu’à la fin du 19e siècle, l’orthographe exacte des noms avait peu d’importance; elle variait beaucoup suivant la compétence ou l’humeur du scribe.

Enfin, concernant la finale ‘lx’ de Prou, il est une hypothèse suggérant que nos ancêtres étant souvent illettrés, apposaient un x comme signature après la barre oblique que le notaire plaçait à la suite du nom sur l’acte officialisant une transaction comme par exemple ci-après : Signé Pierre Prou/x. Pour valider cette hypothèse, il faudrait répertorier un certain nombre d’actes notariés…. ce qui reste à faire.