Nos aïeules: 2 – Marie Gauthier (c. 1651-1703)

Nos aïeules: 2 – Marie Gauthier (c. 1651-1703)

23 décembre 2016 0 Par Jean-Pierre Proulx

Marie Gauthier est née vers 1651 du mariage de Louis Gauthier et de Jeanne Toreau. Elle est originaire de la paroisse Saint-Roch de Paris, paroisse qui existe toujours et située sur la célèbre rue du Faubourg St-Honoré. On ne sait rien d’autre de la jeunesse de Marie sinon qu’elle était Fille du Roi. Tout de même!

L’église St-Roch de Paris, rue du Faubourg St-Honoré, paroisse d’origine de Marie Gauthier

Vers l’âge de 30 ans, Marie s’embarque donc à Dieppe en 1669 sur le Saint-Jean-Baptiste avec 105 filles à marier. Elle débarque à Québec vers le 30 juin 1669. Elle se marie rapidement avec Pierre Prou. Ils passent chez le notaire le 7 novembre Son acte de mariage est perdu, mais celui-ci a sans doute eu lieu à Champlain. L’épouse est dotée de la somme coutumière de 300 livres tournois à prendre sur tous les biens du futur époux et, advenant la dissolution du futur mariage, elle pourra renoncer à la communauté; enfin, si l’union est stérile, les époux se donneront mutuellement tous leurs biens.

Pierre est le fils de Louis Prou et de Suzanne Mallé. Il vient de Curzon, un petit village de la Vendée, au nord de La Rochelle. Pierre est déjà en Nouvelle-France possiblement depuis 1651 car il apparaît au nombre des censitaires du seigneur Hertel. Chose certaine, en février 1665, il habite le fort St-François du Cap de la Magdeleine, sans doute à cause de la menace iroquoise. Il vend une terre qu’il possède à la Côte St-Marc dans la seigneurie des jésuites, mais près de Champlain. Curieusement, un an plus tard, il achète une terre au même endroit. Mais en juillet 1669, quelques mois avant son mariage, il en achète une autre terre à Champlain, puis, en 1679, une autre dans la seigneurie de L’Arbre à la Croix à Champlain où la famille s’établira définitivement.

Entretemps, en 1673, Marie donne naissance à un premier fils, Joseph. Un second, Jean-Baptiste, naît en 1678. En 1702, l’aîné épouse Marie-Joseph Dupont. C’est lui qui assure la descendance, son frère demeurant célibataire. De la vie du couple au cours des années suivantes, on connaît peu de choses sinon un certain nombre de transactions immobilières auxquelles s’adonne son mari.

Le 1er novembre 1703, sentant manifestement sa fin prochaine, Marie dicte son testament. Elle déclare être âgée de 54 ans, malade, mais saine d’esprit. Elle demande que son corps soit inhumé dans le cimetière de Champlain. Elle donne la jouissance de tous ses biens meubles et immeubles à son mari « en considération de la grande amitié et affection qui a été entre eux depuis leur mariage ». Elle désire aussi que soient dites trente messes basses pour le repos de son âme. Enfin, elle lègue à son fils Jean-Baptiste la somme de 30 livres qui lui sera payée après le décès de son mari. Quant à Joseph, le fils aîné, il aura tous ses autres biens en considération des bons services rendus par lui et sa femme durant sa maladie.

Le lendemain, Joseph Prou re-convoque le notaire Normandin et lui déclare qu’il a promis à sa mère de faire un partage égal avec son frère Jean-Baptiste, des biens dont il vient d’être favorisé.

Exemple de maison à pieux debout | © Crédit photo: François Varin

Marie s’éteint trois jours plus tard, le 5 novembre 1703. L’inventaire des biens de la communauté auquel on procèdera le 3 mars 1704 révèle qu’elle et sa famille vivaient toujours à l’Arbre à la croix sur une grande terre de neuf par quarante arpents dont « 18 en valeur, le surplus étant en bois de haute futaye ». Mais on a vécu modestement dans « une maison de pieux[1] couverte de paille dans laquelle il y a deux chambres et une cuisine. La porte de ladite maison et celle d’une chambre ferment à clé avec une serrure et une cave ».

Ce même inventaire nous apprend que les 30 messes basses prévues à son testament ont coûté 30 livres. On a payé aussi à la Fabrique de Champlain 17 livres pour « enterrement, messe basse, cierges, service et fausse ». Au surplus, on doit au sieur Grandsmenil « trois pots de vin et une coquille de vinaigre pour la maladie de ladite.

Au total, les biens inventoriés ont été évalués à 530 livres, un sol et six deniers. L’inventaire ne précise pas si ce montant a été calculé après déduction des dettes de la communauté qui s’élèvent à 298 livres.

Jean-Baptiste survit à sa mère à peine cinq ans tandis que Joseph s’éteint en 1725. Quant à Pierre, on ignore où et quand il est mort. On perd sa trace en 1711, année où, du consentement de son père, Joseph consent des baux à ferme de plusieurs terres de l’Arbre à la Croix.

Note: on lira dans Figure de Prou, no7 et no9, deux articles sur Pierre Prou et Marie Gauthier. Ce billet est tiré de ces deux articles et sur quelques pièces notariés.

[1] La lecture du mot « pieux » est incertaine. On pourrait peut-être lire « pierres ». Toutefois, nous optons pour « pieux » car à cette époque la maison de pierres demeure rare et surtout coûteuse. Au surplus, il serait surprenant qu’une maison de pierres ait été couverte en paille. Enfin, la construction en pierre exige l’expertise d’un maçon engagé généralement par un contrat que nous n’avons pas trouvé.

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