Marié en 1699, Jean Préau devient Jean Prou au remariage de sa veuve en 1712

Marié en 1699, Jean Préau devient Jean Prou au remariage de sa veuve en 1712

19 février 2017 0 Par Jean-Pierre Proulx

En décembre 2015, on lisait sur ce site:

Clément Préaulx vient s’établir à Sainte-Geneviève et c’est là que son nom se transforme de Préaulx à Proulx, sans doute au contact des nombreux Proulx qui existent dans la région. Marié le 11 février 1737 avec Marie Placide Dubois à Montréal, il décède dans la paroisse de Sainte-Geneviève, le 28 mars 1760. Désormais, tous les Proulx de cette lignée porteront le nom de Proulx dit Clément, c’est-à-dire descendants de Clément Proulx, afin de les différencier des autres Proulx de la région, notamment des Proulx dits Poitevin[1].

Les parents de Clément étaient Jean-Baptiste Préau et Marie Fleury. Nous avons poussé la recherche dans la base de données du Programme de recherche en démographie historique (le PRDH) et dans le Lafrance de Généalogie Québec (l’Institut Drouin).

Acte de mariage de Marie Fleury, dite veuve de Jean Prou (5e ligne)

La première mention de Jean-Baptiste se trouve au registre de Charlesbourg en date du 6 décembre 1696. Il est parrain au baptême d’une fillette. Mais le curé Doucet a écrit « Pro ». Ce qui donne à penser que le « é » de Préau ne devait guère être prononcé. On retrouve en fait pour la première fois le patronyme Préau 1699 au mariage de Jean-Baptiste avec Marie Fleury. Et il l’est pour la dernière en 1710, presque toujours dans des actes rédigés par le curé Leboullenger. L’acte de sépulture de Jean du 22 mai 1711 l’identifie assez clairement comme un Préau, mais en marge on lit plutôt Prou. Puis au remariage de Marie Fleury, le 30 mai 1712, celle-ci est identifiée comme étant la veuve de Jean Prou. L’acte pourtant été rédigé par le même curé!. Le patronyme Préau disparaît à partir de cette date.

Deux des trois garçons de la famille seront par ailleurs hospitalisés à l’Hôtel-Dieu de Québec. Clément, 16 ans, y est inscrit 18 janvier 1722 sous le nom de Prout. Son frère Jacques (16 ans) s’y retrouve aussi le 18 juillet 1726 sous le nom de Prou[2].

Trois des cinq enfants de Jean Préau et Marie Fleury se sont mariés entre 1729 et 1734. Les trois ont été enregistrés sous le patronyme de Proux ou Prou et leur père est identifié de la même manière dans ces actes.

Il faut donc revoir la thèse selon laquelle le changement de Préau à Proulx serait le fait de Clément, le fils du pionnier, et à son installation à Ste-Geneviève sur l’île de Montréal. Ce changement remonte au début des années 1710. Il s’est produit à Charlesbourg même et à Québec. Il a touché subséquemment tous les enfants de Jean et de Jeanne Pilon et leurs descendants[3].

Demeure une question non résolue: comment expliquer ce changement de Préau à Prou ou Proux? On ne le saura jamais sans doute avec exactitude. Risquons tout de même une hypothèse: il se pourrait bien que les porteurs du patronyme originel Préau le prononçaient de telle façon que les auditeurs comprenaient Pro puis Prou. Peu nombreux, les Préau auraient ensuite été les victimes d’un environnement patronymique où les Prou ou Proux dominaient nettement.

***


[1] Éliane Labastrou. Familles souches de l’île Bizard: suppléments généalogies l’Histoire de l’île Bizard. L’auteur se réfère ici aux descendants de Jacques Proulx et de Jeanne Pilon. Ce Proulx est effectivement qualifié à l’occasion de Potvin. Il était en effet originaire de Gournay, petit village situé non loin à l’est de Poitiers.


[2] Registre de l’Hôtel-Dieu, Le monastère des Augustines, Québec.


[3] Le fonds Drouin recense néanmoins deux personnes portant le patronyme Préau, au 19e siècle, mais nous n’avons pas établi de filiation avec Jean-Baptiste et Marie Fleury. On trouve aussi au 18e siècle quelques Pro et Prost.