La probable origine protestante de Jacques Prou le Poitevin (1678-1757)

La probable origine protestante de Jacques Prou le Poitevin (1678-1757)

28 novembre 2020 0 Par Jean-Pierre Proulx

Par Jean-Pierre Proulx

Jacques Prou est originaire du Poitou. Dans son contrat de mariage du 24 janvier 1706, il déclare être « de la paroisse de gournay du poitou de l’éveché de poitiers[1] », aujourd’hui dans le département des Deux-Sèvres[2].

Le registre des baptêmes, mariages et sépultures de St-Saturnin de Gournay s’ouvre le premier août 1646[3]. Toutefois, nous n’y avons pas trouvé l’acte de baptême de Jacques. En revanche, le registre protestant de Chef-Boutonne, sis à quelque 5km de Gournay, nous apprend qu’on y a baptisé Jacques Prou le 11 décembre 1678, né le 6 décembre précédant à Paizay-Le-Tort, une localité très proche aussi de Gournay[4].

Ses parents, précise l’acte, sont Jacques Prou et Magdeleine Petit[5]. Le patronyme de la mère soulève ici une difficulté puisque, tant dans son contrat de mariage de 1706 que dans l’acte de mariage du nouveau Canadien, on y lit que sa mère s’appelait Madeleine Rive ou Rivet. Le curé aurait-il mal compris ou mal interprété ledit patronyme au moment de la rédaction de l’acte de mariage de Jacques? C’est plausible. D’autant que Jacques était analphabète et qu’au surplus, sa mère était décédée[6]. La mémoire est une faculté qui oublie! À son décès, en 1757, le curé écrira d’ailleurs: « […] on ne sait pas le nom de la mère[7] », chose que sa belle-fille, Jeanne Pilon, et ses enfants auraient normalement dû savoir.

Par ailleurs, un indice sérieux permet d’affirmer que l’acte de baptême de Jacques du 11 décembre 1678 à Chef-Boutonne est bien celui de notre ancêtre. En effet, dans son acte de sépulture du 7 mai 1757 à la paroisse de Pointe-Claire, le curé a écrit que le défunt a « environ 80 ans ». Or, manifestement, le calcul est bon.

De plus, la très grande proximité entre Paizay-Le-Tort, lieu d’origine de Jacques, Chef-Boutonne où il a été baptisé, et Gournay où il déclare avoir demeuré au moment de son mariage, donne fortement à conclure que, dans tous les cas, il s’agit de la même personne.

Au regard de ces éléments, on ne peut certes affirmer avec certitude que le Jacques Prou baptisé à Chef-Boutonne est bien le nôtre, mais il est très probable qu’il le soit. Il s’agit ici, bien entendu, d’une preuve par présomption.

Cependant, le parcours de Jacques Prou soulève une autre question. On sait que les protestants n’avaient pas le droit d’immigrer en Nouvelle-France, à moins d’abjurer. Notre pionnier l’a sans doute fait avant de quitter la France. En effet, en se mariant, il déclare être « laboureur demeurant de la paroisse de Gournay, évêché de Poitiers », donc dans une paroisse catholique. Gournay est sis à quelque 43 km au sud-est de Niort et à une heure au sud-ouest de Poitiers.

Mais quand a-t-il abjuré[8]? Nous n’en savons rien. Mais peut-être ne l’a-t-il jamais fait. Il aurait tout simplement déclaré au curé des Sts-Anges de Lachine être de la paroisse de Gournay. Comment ce dernier aurait-il pu vérifier?

On ne sait pas grand-chose de Gournay, et de son église dédiée à St-Saturnin sinon qu’«une première église, dépendant directement de l’évêque de Poitiers, déjà abîmée et reconstruite par les paroissiens, disparut complètement après la Révolution [9]». L’église actuelle date du 19e siècle. La commune s’étend au milieu d’une très belle région agricole. Le village est situé sur le haut d’une colline où domine l’église de St-Saturnin[10]. Jacques Prou ne l’a pas connue puisqu’elle date du 19e siècle!

L’histoire complète de la famille Prou-Pilon est en construction. Il faudra cependant attendre la fin de la pandémie pour en connaître la conclusion. Patience!

Notes

[1] Gr. Lepailleur, Banq-Mtl, 24 janvier 1706. Il a déclaré la même chose dans son acte de mariage.

https://www.prdh-igd.com/Membership/fr/PRDH/Acte/14364.

[2] Cette commune fait aujourd’hui partie d’Alloinay depuis sa fusion en 2018 avec Loisé et Alleu.

[3] Archives départementales des Deux-Sèvres à Niort.

[4] Je dois à Mme Danièle Billaudeau du Cercle généalogique des Deux-Sèvres de m’avoir orienté sur cette piste. Je l’en remercie vivement.

[5] Ce patronyme ne fait pas de doute. En effet, dans l’acte de baptême de sa sœur Jeanne du 10 mai 1676 à Chef-Boutonne, sa mère porte bien le nom de Petit. Archives départementales Deux-Sèvres. Baptêmes protestants, mariages protestants, sépultures protestants 1674-1679. En ligne.

https://archives-deux-sevres-vienne.fr/archive/resultats/transversale/n:150?RECH_departement%5B0%5D=FRAD079&RECH_lieux=Chef-BOUTONNE&Rech_unitdate_debut=1675&Rech_unitdate_fin=1677&type=transversale. Image no 21.

[6] Ce patronyme Rive ou Rivet est peut-être une référence à son parrain qui s’appellait Pierre Durivault. Ce patronyme appartient à la même famille que le mot rivière et rive. « Le mot rivière a désigné la rive avant de s’appliquer au cours d’eau lui-même ». Roland Jacob (2006), Votre nom et son histoire. Les noms de famille au Québec. Montréal. Éd. Québec Loisir.

[7] Registre de la paroisse Pointe-Claire, 7 mai 1757. https://famillesproulx.org/actes-des-sepultures-de-jacques-prou-et-de-jeanne-pilon/

[8] Le registre des abjurations du diocèse de Québec compte bien celle d’un Jacques Leprou, tapissier, originaire de Rouen. Mais ce n’est évidemment pas le nôtre! En ligne. Le blogue de Guy Perron Les abjurations à Québec de 1662 à 1757. Repéré le 18 octobre 2020.

[9] En ligne : Gournay (Deux-Sèvres) L’église Saint-Saturnin. En ligne : http://www.parvis.poitierscatholique.fr/st-junien/Gournay.pdf. Repéré le 18 octobre 2020.

[10] Une délégation de 13 membres de l’Association des familles Proulx d’Amérique a visité le village en mai 2017. Reçue par la municipalité, Lucie Plante, fière descendante de Jacques Prou, représentait ses descendants.